Pour Jérôme Carrus, président du Groupe Carrus, l’enjeu de l’ouverture pour les paris hippiques se situe aussi dans la capacité des opérateurs à mutualiser des masses significatives d’enjeux, offrant aux parieurs des perspectives de gain importantes. Mais cela ne sera possible que si les produits proposés au niveau international sont compatibles. Or, pour l’instant, entre paris horizontaux et paris verticaux, paris classiques et paris dits « exotiques », les us et coutumes sont très disparates et l’on est encore loin du pari hippique universel.
La carte que nous avons essayée de compléter, au travers de nos connaissances et grâce à l’aide précieuse de la Direction du développement international du PMU*, montre bien la disparité des situations. Dans un précédent article (Groupe Carrus Journal n°2), nous avions souligné la disparité des pratiques de pari hippique en Europe entre les pays qui relèvent du pari mutuel et ceux qui relèvent du bookmaking, parfois des deux associés. Ce qui nous intéresse aujourd’hui est de mettre en exergue le manque d’harmonisation de l’offre de paris entre les différents opérateurs de pari mutuel. Pour Jérôme Carrus, grand connaisseur des paris hippiques par tradition familiale bien sûr, mais aussi parce qu’il observe les hippodromes du monde entier depuis plus de trente ans, « c’est naturellement un bien puisque cela illustre la variété des traditions mais à l’heure de l’ouverture et de l’internet c’est un frein évident à la globalisation du marché. »

Horizontal ou vertical : des traditions différentes
Les raisons à l’origine du développement de tels ou tels types de paris dans tel ou tel pays sont multiples. Il semblerait, quand même, que s’opposent ici, comme dans bien d’autres domaines, tradition anglo-saxonne et tradition latine. Dans les pays latins avec la France comme leader, puisque, ne l’oublions pas, le pari mutuel y est né, les paris se sont diversifiés sur un mode horizontal : trouver dans une même course des combinaisons associant de plus en plus de chevaux. Le Quinté + en est une illustration récente et dans les pays où il est proposé, il attire, en moyenne à lui-seul, plus de 20 % des enjeux. Dans les pays anglo-saxons qui pratiquent le pari mutuel, comme les Etats-Unis, l’Australie, le Canada, Hong-Kong…, la diversification de l’offre de paris s’est faite sur le mode vertical : le parieur peut jouer par avance sur plusieurs épreuves du programme désignant le gagnant ou l’un des chevaux classés. Appelés Jackpot, Win 4, Pick 6, Cinco y seis ou plus simplement V4, V5, V65, V75, ces types de paris sont très développés aux Etats-Unis et peuvent même représenter plus de 75 % des enjeux comme en Suède ou en Norvège.
Paris classiques ou paris exotiques
Cette distinction entre paris horizontaux et paris verticaux s’applique dans les paris dits « exotiques » par opposition aux paris classiques tels que gagnant, placé, couplé, trio… qui existent dans tous les pays et se jouent au plus sur les trois premiers chevaux avec toutes sortes de combinaisons possibles. Dans de nombreux pays, mais clairement plus dans les pays de tradition « horizontale », ces paris concentrent encore une part importante des enjeux. Ce sont, il est vrai, les paris des purs turfistes car plus que sur la chance, ils se fondent sur la connaissance. Et là, un pays se différencie de tous, le Japon. Les Japonais détiennent, en effet, le record absolu du montant des enjeux en pari mutuel avec plus de 20 milliards d’euros annuels, loin devant les trois suivants que sont la France, les Etats-Unis et Hong-Kong et ce, seulement au travers de paris classiques, certes avec de très nombreuses variantes, mais sans pari exotique, ni horizontal, ni vertical.
A quand l’Euromillions du pari hippique ?
La diversification avec l’offre de nouveaux paris est au centre des préoccupations des opérateurs, tous à la recherche d’un plus grand nombre de parieurs. Un des seuls moyens de les attirer est d’offrir des espoirs de gain élevés qui ne sont possibles qu’au travers d’une masse significative. L’univers des jeux de loterie l’a compris et l’Euromillions qui associe, sur un jeu identique dans 11 pays, des millions de joueurs et des records de gains absolus, est devenu en quelques années un produit phare avec en moyenne 10 % des enjeux de loterie dans les pays participants.
Alors quel type de jeu international universel, simple et attractif pourrait réunir les parieurs hippiques ? Sans doute plutôt un pari de mode vertical mais multi-sites car, pour gagner en simultanéité et en internationalité, il devrait concerner des courses rapprochées dans le temps et de surcroit situées sur des hippodromes de plusieurs pays. Aujourd’hui, tout semble réuni pour qu’une initiative soit tentée, a minima au niveau européen, mais avant il faudra obligatoirement passer par quelques harmonisations des règles de traitement des non partants et des écuries, ce qui est un autre sujet…